Lambeaux

LAMBEAUX de Charles JULIET, Gallimard, 1997.

 récit autobiographique paru en 1995.

J’avais croisé Charles JULIET dans les années 1990, lors de rencontres à thèmes. Je me souviens que l’un des sujets d’une de ces rencontres portait sur « l’indicible ».

Il avait alors parlé de son livre « l’année de l’éveil », récit romancé de son expérience d’enfant de troupe. Il a également publié plusieurs volumes de son journal qu’il a commencé à écrire en 1957. Lors de la Grande librairie de fin novembre 2020, il en a présenté le Xème volume « le jour baisse »

« Il y a un mal qui me ronge depuis l’adolescence : la sensation douloureuse de la fuite du temps, de lutte contre la mort, du fait que rien ne demeure de ce que nous vivons. C’est une nécessité de laisser des traces, de tenter de garder ce qui va nous échapper, de rassembler dans des mots, ce que je me refuse à voir disparaître. »

Dans Lambeaux, Charles JULIET rend hommage aux deux figures maternelles qui ont marqué profondémment son existence :

sa mère biologique Hortense qu’il n’a jamais connue car elle a été enfermée juste après sa naissance dans un asile psychiatrique où elle mourra de faim huit ans après, durant la seconde guerre mondiale.

Il lui redonne vie, explorant son passé en employant le « tu ». Née dans un milieu paysan pauvre, elle sera vouée au travail de la terre, aux tâches domestiques plutôt qu’aux études. Son goût pour la littérature, la lecture a été sacrifié aux vicissitudes d’une vie de labeurs. Il a mené l’enquête pour reconstiuer ce passé qu’il a longtemps ignoré et qui le hantait.

A trois mois, il est placé dans une famille de paysans suisses qu’il ne quittera plus. Félicie, sa mère adoptive, malgré ses six enfants, va s’attacher à lui et l’élever comme son propre enfant. Peu loquace mais aimante, l’amour de cette mère adoptive donnera un sens à sa vie.

 Un jour, il te vient le désir d’entreprendre un récit où tu parlerais de tes deux mèresl’esseulée et la vaillante

l’étouffée et la valeureuse

la jetée-dans-la-fosse et la toute donnée …

A travers ces deux portraits, Charles Juliet décrit son cheminement personnel, un sentiment d’étrangeté, ses tourments et sa culpabilité que l’écriture lui permettront de surmonter.

J’ai beaucoup aimé relire ce livre pour sa simplicité et sa profondeur qui expriment le dépassement de soi.

Je peux aussi vous conseiller de lire un tout petit livre de son entretien avec Pierre Soulages où je suis tout à fait en accord avec ce qu’il dit de son rapport à l’oeuvre du peintre :

« La toile ne naît pas d’une image mentale qui lui aurait préexisté. Construite au présent, de même se regarde-t-elle, se vit-elle au présent. Elle n’a rien à nous transmettre. Elle est «ce lieu où viennent se faire et se défaire des sens ». elle n’a d’autre rôle que de provoquer une émotion, laquelle suscitera en nous ce qu’elle trouvera bon d’engendrer. »

Anne T

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