Aline et les hommes de guerre

Aline et les hommes de guerre de Karine SILLA, L’Observatoire, 2020.

J’’ai choisi de lire ce livre car dans la librairie, j’ai été attirée par cette photo. Je trouve cette femme belle, elle est, me semble t’il fière, libre et puissante, charismatique aussi. C’est Aline Sitoé Diatta, elle est née en 1920 au Sénégal dans un village de Casamance. Issue du peuple Diola, elle fut surnommée la « Jeanne d’arc du Sénégal ». C’est l’héroïne de ce roman.

Karine Silla est née à Dakar et vit en France. Ce roman lui permet de renouer avec ses racines et de rendre hommage à son père qu’elle n’a pas connu, mort pour la France dans le froid et enterré quelque part dans une fosse commune. C’est le premier homme de guerre dont Karine a entendu parler.

La petite Aline a pour ami dès l’enfance le sage du village Diacamoune, un ancien qui servit la France dans les tranchées, partit enthousiaste à la guerre, fier de défendre la patrie imposée à son peuple. Lui est revenu et conserve précieusement son uniforme, ses décorations mais a cependant de grosses difficultés à obtenir son dû, une pension de guerre, promise, méritée mais rarement versée.

Les hommes de guerre ont marqué le pays : déjà les premiers colons, conquérant peu à peu les terres au prix de nombreuses exactions, puis les colons actuels avec leur armée,  leur police, leur administration. Ils recrutent parmi les locaux en mal de pouvoir, attirés par la gloire, le prestige de leur fonction et aussi quelques sous .Ceux-ci  seront emmener à réprimer les récalcitrants parmi leurs compatriotes. Benjamin ,un cousin d’Aline en fait partie.

Il y a aussi et c’est la conséquence de la colonisation, les « mâles » de la région où habite Aline qui veulent résister aux colons et à l’injustice de leur politique et prendront les armes alors qu’Aline prêchera la non violence, ce qui conduira à l’emprisonnement et la mort d’Aline. Alors Jeanne d’arc du Sénégal ou Gandhi de la Casamance?

J’ai aimé ce personnage fort comme le promettait la photo. Le roman retrace l’enfance d’Aline en forêt, sa proximité avec la nature, son respect des traditions que Diacamoune lui a transmises, l’originalité d’Aline déjà dès l’enfance. On suit ensuite Aline dans son exil, jeuoù elle travaille dur sur les docks, puis à Dakar où elle est gouvernante dans une famille de colons jusqu’à son retour en Casamance après qu’elle ait entendu des voix, lui ordonnant d’aller libérer son peuple. Icône de la résistance, elle est sacrée reine de son peuple.

p235 Jean, un colon qui a vécu chez les Diolas explique ce qu’est pour eux la reine.  » Ne t’imagine aucun royaume, elle est là pour guider…… La reine, ou appelons-la la prophétesse, ce qui est plus juste, parce qu’elle a un rôle essentiellement religieux, est obligée de se politiser à cause du contexte colonial. sans nous elle ne serait que prophète. La parole d’Aline est obligatoirement non violente. Elle doit toujours aller vers la paix car la paix va de paire avec la pluie, et en période de grande sécheresse, c’est elle qui fait tomber la pluie. la pluie est la récompense divine aux hommes sachant vivre dans la paix. Aline a compris la perversion de notre système et s’y oppose avec calme mais fermeté.

Les personnages secondaires sont tous très intéressants et représentent divers types de la société coloniale.

 Jean et son ami Martin sont les « bons « colons, la femme de Martin, maîtresse d’Aline à Dakar est par contre autoritaire, méprisante envers les autochtones et n’aime pas son nouveau pays même si elle en profite par son rang dans la société.

Benjamin, le cousin, qui a un bon poste dans l’administration française est admiré, envié  mais aussi critiqué et méprisé dans son village.

Diacamoune aime, adore la France, admire de Gaulle  » La France, pleine de vertus, c’était le père qui les séparait de la mère Afrique, pour les emmener plus loin dans l’évolution. Il lui faisait confiance parce qu’une civilisation qui invente la lumière éclairant la nuit sans l’aide du soleil et de la lune ne pouvait qu’être supérieure….

 La France c’était l’eldorado, le pays de la liberté, des grands poètes et des hommes courageux.les mots de De Gaulle ,face à la défaite de la France, il les entend encore  » La France n’est pas seule, elle a un grand empire derrière elle. » Diacamoune se sentait faire partie de ce grand empire et c’est à tue tête ,la main sur le cœur, qu’il avait entonné la Marseillaise avec ses frères français. »

Il y a forcément critique de la colonisation, de son système imposé a à des tribus qui vivaient bien en autosuffisance, en harmonie avec la nature et que le « progrès » a asservies, appauvries. Il a ruiné leurs terres en remplaçant la polyculture et la culture reine et sacrée du riz par celle de l’arachide. La critique reste sous jacente car Karine Silla sait trop bien, vivant en France la dualité intrinsèque a tout « exilé » bien intégré.

.Anne A.

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