Apeirogon

Apeirogon de Colum McCann, Belfond, 2020

C’est l’histoire de 2 familles une palestinienne et l’autre Israélienne qui ont connu le même drame, la mort d’une de leur fille.  

D’abord Abir, fille de Bassam Palestinien, a été tuée lorsqu’elle avait à peine dix ans par un jeune soldat israélien près du mur qui sépare l’Israël de la Cisjordanie. « Une erreur regrettable ! », répond l’armée puisqu’il n’y avait pas de combats dans cette zone à ce moment-là.

Puis Smadar, fille de Rami Israélien devenu spécialiste de la Shoah, victime d’un attentat suicide alors qu’elle allait avoir treize ans, perpétré par des terroristes palestiniens tout près de l’école de la jeune fille.

Ce sont les pères qui racontent.

Que vont-ils faire ? Au lieu de plonger dans la vengeance, ils vont transformer leur chagrin en une arme pour la paix. Ils vont adhérer à l’association « Combattants pour la paix » et au Cercle des Parents. À ce titre, ils vont donner des conférences, souvent tous les deux ensemble, beaucoup de conférences en Israël, en Cisjordanie, dans le monde entier pour montrer qu’il faut arrêter de se haïr. Ça ne s’arrêtera pas tant que l’on ne discutera pas.

Elles commenceront toujours par :

Mon nom est Rami Elahanan, je suis le père de Smadar. Je suis un Jérusalémite…

Mon nom est Bassam Aramin, je suis le père d’Abir. Je suis un Palestinien…

On connaît le drame dès le début. Le livre va raconter la vie de ces 2 familles, Bassam a fait de la prison, Rami la guerre du Kippour, mais aussi leurs histoires, les fêtes, le travail, la vie politique, la vie sociale dans ces 2 pays avec ce mur, cette frontière, la multitude de checkpoint, les relations entre les 2 communautés… La construction, non linéaire, est très particulière. 1000 paragraphes, certains très courts, où l’histoire ne se suit pas. Un peu comme nos souvenirs où un moment de vie, un oiseau qui passe nous rappelle un événement précis qui en appelle encore un autre. Et puis tout à coup quelques détail supplémentaires sur ce moment où la vie bascule pour toute la famille… Des phrases courtes, sans verbe, des énumérations.

Récit bouleversant où l’auteur réussit, alors qu’il n’y a pas de vrai suspens, enfin peut-être un peu, à nous tenir en haleine avec quelquefois la boule à la gorge. Des passages calmes qui racontent la vie, des souvenirs, puis ces fameuses conférences où vous pensez bien que tout ne se passe pas dans une atmosphère apaisée et tout à coup un détail sur les circonstances du meurtre et de l’attentat…

On sait aussi que Rami et Bassam ne réconcilieront pas leurs pays. Mais on a la vision de l’auteur (un Irlandais) sur tous les événements connus, la guerre des 6 jours, les accords d’Oslo qui ne correspond pas forcément à celle du grand public.

Que vous dire de plus, peut-être que l’apeirogon (racine grecque) est une figure géométrique au nombre infini de côtés. Cela peut vous aider à comprendre ?

Laurent D.

2 réflexions au sujet de “Apeirogon”

  1. Sur les conseils de Laurent j’ai lu le livre. Bien sûr j’ai été touchée de suite par la souffrance intime causée par la mort des deux enfants ! L’alternance de la poésie de certains paragraphes, l’évocation des moments de la vie « avant » avec des regrets ; les références à des auteurs universellement connus.. .permettent de s’immerger dans la relation amicale entre les deux pères unis pour une même cause !
    Livre intense !

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  2. Dans le dernier, dernier numéro d’America 16/16 Colum McCann est interviewé par F. Busnel dans le grand entretien (25 pages).
    Ce numéro est toujours en vente chez les marchands de journaux et les bonnes librairies.
    Laurent D.

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