Aria

ARIA de Nazanine HOZAR,

Nazanine Hozar est iranienne et vit au Canada. Aria est son premier roman.

Margaret Atwood, amie de l’autrice, commente ce livre en disant  »  un Docteur Jivago iranien ».

Si pour vous comme pour moi « le Docteur Jivago« , c’est une histoire d’amour très romantique, C’est Jivago et Lara, Omar Shariff, vous serez déçus. 

Ce roman est aussi bien autre chose, un roman sur les grands changements dans la société russe lors de la révolution en 1917 et ses répercussions sur les individus. La comparaison est donc dans ce sens . Les deux romans sont des fresques relatant la vie de personnages au moment où se produit un grand changement dans leur société. Y étaient ils préparés, comment vont-ils le vivre, évoluer, s’adapter ?

Aria est en ce sens « un Docteur Jivago » puisque nous est dépeinte la période de 1953 à 1981 en Iran, donc le passage des années du Shah à celle de la révolution islamique de Khomeini. Nous sommes à Téhéran dont à la fin du roman on a l’impression de mieux connaître la topographie: les quartiers Sud pauvres, les quartiers Nord riches avec le palais du Shah et ses belles demeures, les montagnes qui l’entourent où sont postées les garnisons. Les personnages du roman  y vivent, y déménagent, la traversent, en subissent les changements, évoluent, et prennent des directions différentes au gré des évènements.

Aria est un bébé, abandonnée au début du roman par sa mère Mehri qui vient de la mettre au monde, car étant une fille elle serait immédiatement tuée par son père, de plus elle a les yeux bleus et ça porte malheur. Elle la dépose dans les quartiers Nord où elle est recueillie par Behrouz, un homme bon, chauffeur dans l’armée qui rentre à pied de son travail dans les montagnes pour regagner son foyer dans …les quartiers Sud, il habite d’ailleurs non loin de la maison de Mehri.

Behrouz la nomme Aria bien que ce soit un prénom iranien masculin car « quand tu chantes une aria, le monde sait forcément tout de toi. Il n’ignore plus rien de tes rêves et de tes secrets. De tes douleurs et de tes amours… Je vais t’appeler Aria à cause de toutes les douleurs et de tous les amours du monde. Ce sera comme si tu n’avais jamais été abandonnée. Et quand tu ouvriras la bouche pour parler, le monde entier te reconnaîtra ». Dans cette citation on sent toute la douceur, toute la tendresse et l’amour naissant du père adoptif. A côté de ce père aimant, Aria grandira auprès d’une belle mère très dure, Zahra. L’amitié avec son petit voisin Kamran adoucira son enfance.

A cause d’une infection oculaire, Behrouz confiera Aria aux bons soins de Fereshteh et de sa servante Maysi dans une demeure somptueuse des quartiers Nord. C’est ainsi qu’Aria pourra aller à l’école et fréquenter le très chic lycée Razi. Comme l’amitié avec Kamran dans la petite enfance, celle avec Hamlet et Mitra embellira sa jeunesse. Hamlet est issu d’une riche famille arménienne, son père est un homme d’affaires proche du Shah, Mitra est par contre issue d’une famille communiste ,son père a été plusieurs fois emprisonné. Ils forment un trio inséparable. Leur amitié perdurera quoiqu’il en coûte et conduira au sacrifice de Mitra lors de la révolution, ils feront au cours de leurs sorties, de leurs conversations, de leurs fréquentations leur éducation sentimentale et politique.

Fereshteh, convertie à l’islam éduquera aussi  Aria aux « bonnes œuvres » et la forcera à rendre régulièrement visite à une famille modeste zoroastrienne des quartiers Sud où Aria aidera à la tenue du ménage et apprendra à 3 des 4 filles à lire et écrire. Récalcitrante au début, elle sera de plus en plus attirée par cette famille, deux des filles et surtout la mère….

Les religions cohabitent dans l’Iran du Shah, société multiculturelle, on pourrait dire « laïque » puisqu’on peut aussi être athée, il y règne cependant une forte répression politique par  la Savak, la police du Shah ? On sent déjà cependant la montée de l’islamisme : Fereshteh et sa famille se sont convertis à l’islam et doivent se montrer plus fervents et meilleurs musulmans que les musulmans eux mêmes. Behrouz,musulman doit cacher et refouler son homosexualité.

Les thèmes principaux sont, l’abandon, la recherche de la figure maternelle, l’amitié et  l’amour surtout (filial, paternel, maternel, enfantin, adolescent, au sein du couple, homosexuel …). En fin de roman on peut se demander si l’amour (ou du moins son expression) est possible sous le régime Khomeini. L’autrice peint vraiment de façon très réussie cette période de l’histoire iranienne et la ville elle même de Téhéran .Elle rend depuis l’exil surtout un bel hommage à son pays et ses habitants.

Anne A.

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