Soi-même comme un roi

Soi-même comme un roi d’Elisabeth Roudinesco, Seuil La couleur des idées, 2021.

J’ai abandonné un peu la fiction et La Commune de 1871 pour essayer de lire quelques philosophes ou intellectuels actuels. D’abord Ci-gît l’Amer de Cynthia Fleury pour essayer de dépasser le ressentiment, l’amertume. Au bout d’une centaine de pages j’ai abandonné. Il doit me manquer des connexions neuronales. J’ai continué avec Il faut s’adapter de Barbara Stiegler qui me paraissait un titre qui définit assez bien la politique actuelle. Là, je suis arrivé à la fin mais je ne suis pas certain de pouvoir tenir une conversation sur le néolibéralisme (l’actuel mode de gouvernement français) même si je vois la différence entre celui de W. Lippmann et celui de John Dewey. Intéressant quand même, on reconnaît des situations actuelles.

Je ne me suis pas découragé et après une émission sur France-Culture j’ai lu Soi-même comme un roi d’Elisabeth Roudinesco. Le sujet m’intéresse particulièrement, m’interpelle même car je vois nos idéaux, nos espoirs notre idéologie des années 70 et 80 réinterprétés dans un sens opposé à nos valeurs, à nos croyances diraient peut-être certains. Comment imaginer que les combats de celles et ceux femmes ou hommes blancs qui ont manifesté pour l’indépendance de l’Algérie, pour l’égalité droits hommes/femmes et des homosexuels… soient considérés comme peu importants ou même contreproductifs car seulement celles et ceux qui sont dans des situations défavorisées sont légitimes. Renvoyés les Sartre, Beauvoir, Lacan, Césaire, Foucault… qui ont nourri nos débats et notre entrée dans la vie adulte. Je me retrouve coincé entre cette identité de mâle blanc descendant de colonisateur et l’identité blanche, masculine, virile, occidentale (défendue par l’extrême-droite et la droite actuelle) à laquelle j’appartiens et l’identité des « opprimés » femmes, immigrés, homosexuels, queer qui ne peut pas être la mienne. Ce débat rejoint bien sûr celui sur la laïcité (ouverte ou de combat), sur le déboulonnage des statues ou des plaques de rue, sur l’universalisme qui est devenu l’ennemi à abattre d’une certaine gauche radicale. Celles et ceux qui prônent cette politique racisée, défendent un certain communautarisme, un certain séparatisme. Mais qui lutte aujourd’hui sur ce séparatisme, Macron et la droite. Et je suis où moi ? Même débat avec la « cancel culture » (la culture de l’annulation. Comment peut-on admettre que le Théâtre du Soleil se voit interdit de représentation par des mouvements de gauche ? Comment admettre que la philosophe Sylviane Agacinski soit interdite de conférence à l’Université par un syndicat de gauche ?

Le livre d’Élisabeth Roudinesco redonne espoir. Comme le dit son éditeur « …[elle] propose, en conclusion, quelques pistes pour échapper à cet enfer. » Car, oui, c’est un enfer. Il est aussi « truffé » de références à de nombreux intellectuels hommes (et quelques femmes). J’y ai découvert le couple Schwarz-Bart. André a écrit Le dernier des justes (Prix Goncourt en 1959) et Simone le roman Un plat de porc aux bananes vertes dont je vous parlerai plus tard. J’y ai découvert aussi Pap Ndiaye qui a écrit l’essai La condition noire qui rejoint le thème ci-dessus. Il dirige actuellement le musée de l’Histoire de l’Immigration (Palais de la Porte Dorée à Paris).

Laurent D.

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