Freshkills, recycler la terre (Lucien Taïeb)

« Freshkills, recycler la terre » de Lucie Taïeb, La Contre Allée, 2020.

J’ai eu envie de lire ce livre en écoutant l’autrice à « La Grande Librairie ». Lucie Taïeb est une jeune autrice née en 1977, elle a écrit des recueils de poèmes, 2 romans, est traductrice et maîtresse de conférences en études germaniques.

Ce qui m’a attirée, c’est qu’elle évoquait les stèles du mémorial aux juifs assassinés d’Europe à Berlin, qui m’avaient émue et intriguée et faisait un parallèle avec ce qu’on a fait à Freshkills et qui interroge sur la mémoire. Mais aussi un roman fleuve de Don de Lillo « Outremonde ». J’avais lu un livre de cet auteur prêté par Laurent qui m’avait beaucoup plu, « L’homme qui tombe » qui se passe aussi à New York. De plus, cette autrice est germaniste et je voulais en savoir plus, la connaître un peu.

Fresh Kills fut de 1948 à 2001 sur l’île de Staten Island tout près de Manhattan, une des plus grandes décharges à ciel ouvert du monde. Depuis on la transforme en parc verdoyant, un des plus grands de New York , construit au dessus de tonnes de déchets enfouis, dont ceux du 11 septembre.

Lucie Taïeb le dit elle même : ce livre » est à la fois récit de mon voyage, histoire de ce lieu singulier et tentative de compréhension par l’esprit mais aussi par les sens, et par l’imagination: dans quel monde vivons-nous , lorsque les déchets sont absents de notre champ de vision et pourtant omniprésents ?  »

Ce livre est principalement  une interrogation sur la mémoire, mais aussi une contribution à la réflexion sur l’écologie.  En tant que linguiste elle analyse les mots, leur sens, leur utilisation, Fresh Kills par exemple veut dire sources fraîches, ce site était le territoire d’une tribu amérindienne, mais pour une des guides du nouveau parc qui habitait enfant au bord de cette décharge fresh kills évoque plutôt la chair fraîchement tuée dans un abattoir, le nouveau parc porte le nom Freshkills s’écrit d’un seul mot ,on fait du neuf avec de l’ancien, on efface,  mais on n’est pas dupe.

Le livre est documenté, intéressant, ardu parfois, mais aussi émouvant car dans les pages en italique, Lucie Taïeb nous fait partager ses sentiments, ses émotions, ses sensations qui vont parfois jusqu’à la nausée, son jugement assez critique, ses doutes.

Anne A.

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