La zone du dehors (Alain Damasio)

La Zone du Dehors d’Alain Damasio, Gallimard, 2021

Lors de la dernière séance de lecture (juillet 2021), je vous disais que le livre d’Élisabeth Roudinesco m’avait fait découvrir Pap Ndiaye (directeur du musée de l’Histoire de l’Immigration au Palais de la Porte Dorée à Paris) qui a écrit l’essai La condition noire.

Si la condition des personnes noires aux États-Unis a fait l’objet de plusieurs études et de nombreux ouvrages il n’est est pas de même en France. Cet ouvrage qui traite de la « question noire » française en fait l’historique depuis le XVIIIe siècle. Il montre les différences entre les personnes venant d’Afrique (anciennes colonies françaises) et celles venant des départements d’outre-mer. Sont abordées les questions de race (être noir est-ce seulement une question de couleur ?), la corrélation entre la couleur de peau et la position sociale, au racisme et à la discrimination raciale et enfin sur les solidarités entre Noirs qui ont existé en France (ou pas).

On y retrouve Aimé Césaire, Édouard Glissant, Frank Fanon… et d’autres auteurs noirs actuels.

Et puis j’ai lu « Le Un des libraires » Voyages en dystopie et j’ai découvert après Kafka et Orwell, Damasio. Pour changer des essais sur la condition des minorités j’ai lu La zone du dehors d’Alain Damasio. Ça change, mais peut-être pas tant que ça, la science-fiction nous éclairant assez souvent sur le présent. Et je me suis régalé (600 pages) malgré le pessimisme qui peut en résulter à sa lecture.

Dans cet ouvrage, nous sommes en 2084, 1984 est très loin. La 4e Guerre mondiale a eu lieu sur Terre (accident nucléaire) et un certain nombre de personnes se sont installées sur une planète lointaine en créant un « monde parfait » le Cerclon. Le citoyen n’est plus opprimé, il est géré. Ce ne sont pas les citoyens qui par leur discussion ont élaboré ce monde mais quelques dirigeants qui surveillent tout. Les moyens techniques ont considérablement évolués depuis 1984, la surveillance est permanente mais comme le confort est là, que les technologies, les médias formatent les habitants tranquillement la plupart sont satisfaits.

La plupart, mais pas tous… un groupe de ré-volté la Volte va essayer de lutter contre ce système. Pour cela ils sortent souvent de leur lieu de vie, ils vont dans la zone du dehors. Rien ne les bloque, ils iront au bout de leur Volution.

En fait peu importe la fin, c’est un roman. Mais ce qui est prenant, troublant, angoissant… c’est la description des moyens de formatage en douceur des individus. Les dirigeants n’ont plus besoin de combattre des gens pour leurs idées, il suffit de bien les « éduquer » avec la pâte à norme de faire des copies conforme, qu’on forme… Cet auteur, en s’inspirant de Nietzsche (ou plus exactement de Nietzsche relu par Deleuze) et de Foucault va proposer une critique radicale de nos sociétés à travers celle de Cerclon. Pour lui nos sociétés sont des sociétés de contrôle. le gouvernement mais aussi les multinationales, les technologies et les médias manipulent les individus et les opinions pour obtenir le consentement de chacun à une forme d’aliénation. L’individu devient normalisé et perd sa liberté. Il se soumet à une servitude volontaire, accepte une hiérarchie aliénante et finit anesthésié, paralysé dans une vie étriquée et triste. En ayant renoncé à une liberté effective en échange de la sécurité, d’un consumérisme de masse et d’une position sociale il finit en réalité seul et invertébré, malléable et éteint. (Babelio – LaSalamandreNumerique).

C’est cette critique qui nous met mal à l’aise car elle peut s’adresser à nos sociétés sociaux-démocrates. Par contre les solutions de la Volte sont trop violentes pour être crédibles… D’où impasse !

En réflexion, le mot d’ordre de la Volte « Change l’ordre du monde plutôt que tes désirs. »

Laurent D.

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