La petite lumière (Antonio Moresco)

La petite lumière de Antonio Moresco, Verdier, 2013.

L’auteur est italien, il a connu un parcours humain et littéraire riche et complexe : il est né à Mantoue en 1947 et  » passe une partie de son enfance comme séminariste dans un collège religieux puis après une longue période d’activisme politique se consacre à l’écriture mais met longtemps à devenir écrivain, car il refuse de se plier à d’autres exigences que celles de sa propre vocation , cherche sa propre voie en luttant contre l’institution littéraire« .

Son roman « La Lucina »,  » la petite lumière » est atypique et c’est comme ça que le libraire avec son commentaire « vous n’avez jamais rien lu de pareil  » a attiré mon attention. Il a eu raison. C’est atypique mais très beau. Si vous aimez les romans d’action ce n’est pas pour vous, c’est très contemplatif, méditatif.

Vers la fin de sa vie, un homme vient vivre seul dans un hameau désert sur le flan d’une montagne « Je suis venu ici pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant« , ainsi commence le roman. Il descend rarement au village le plus proche pour s’approvisionner et discuter un peu avec les paysans du coin qui pensent avoir vu des Ovnis. Il passe ses journées en promenade, observation de la nature, pensées sur la vie supposée d’avant dans ce hameau. Les descriptions de la nature, de petits animaux tels les lucioles sont magnifiques. Il tient très bien son ménage dans une des maisons du hameau dans laquelle il s’est installé.

Mais tous les soirs lors de sa promenade nocturne, il aperçoit sur la montagne d’en face en pleine  forêt une petite lumière, elle s’allume toujours à la même heure.

Il est très intrigué, se pose beaucoup de questions et se résout enfin  à chercher le chemin qui le mènera vers elle, et il trouve : après avoir roulé sur une piste et fini à pied sur un sentier, il arrive à un hameau de deux maisons, une assez bien entretenue où vit un enfant seul et une autre en ruine. L’enfant est très occupé à l’entretien de sa maison, à ses devoirs mais parle de plus en plus volontiers avec lui qui lui rend assez souvent visite.

Il est cependant singulier, intrigue beaucoup autant le personnage principal que le lecteur. ce sera la tension du récit, le suspense qui tiendra le récit jusqu’au bout. Qui est ce mystérieux enfant ? Pourquoi vit-il ici ?

Le dénouement sera ouvert. Et très beau.

Je vous laisse le soin de vous faire votre propre idée mais ajoute deux citations : une de ses descriptions de son environnement : « Certaines nuits… il y a des centaines, des milliers de lucioles… Quelles force vous avez pour pouvoir vous allumer et vous transfigurer comme ça, pour produire une telle lumière qui se voit même de très loin… Je sais c’est un appel sexuel… D’où est venue cette petite invention désespérée et cette petite lumière ?… Pour continuer à vous reproduire ? Mais pourquoi ? Pour que d’autres êtres comme vous puissent continuer à se reproduire et à voler pendant quelques semaines, quelques instants, dans cette énorme nuit qui nous entoure.    

Mais elles n’en savent rien. Et, si elles le savent, elle ne me répondent pas. »

une autre plus métaphysique :  « Comment savoir si au-dessus du ciel il y a un autre ciel ? je suis en train de me demander, assis devant le précipice. Du moins celui qu’on voit d’ici, de cette gorge, au-dessus de cet agglomérat de maisons et de ruines abandonnées. Comment savoir si la lumière n’est pas elle aussi à l’intérieur d’une autre lumière ? Et quelle lumière ça peut bien être, si c’est une lumière qu’on ne peut pas voir ? Si on ne peut même pas voir la lumière, qu’est-ce qu’on peut voir d’autre ? Comment savoir si la matière dont se compose l’univers, tout du moins le peu qu’on réussit à percevoir dans l’océan de la matière et de l’énergie noire, n’est pas à l’intérieur d’une autre matière infiniment plus grande, et si la matière et l’énergie noire ne sont pas à leur tour à l’intérieur d’une obscurité infiniment plus grande ? Comment savoir si la courbure de l’espace et du temps, si courbure il y a, si espace il y a, si temps il y a, ne sont pas eux aussi à l’intérieur d’une courbure plus grande, un espace plus grand, un temps plus grand, qui vient avant, qui n’est pas encore venu ? Comment savoir pourquoi ça s’est arrangé comme ça, dans ce monde ? Est-ce que c’est comme ça partout, s’il y a un partout, dans ce déchaînement de petites lumières qui    percent le noir dans cette nuit froide et dans l’obscurité la plus profonde ?….. »                            Anne A.

1 réflexion au sujet de « La petite lumière (Antonio Moresco) »

  1. L’histoire racontée dans ce livre est étrange. Elle se situe aux limites du perceptible et de l’imaginaire. Le narrateur commence par « je suis venu là pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant. »
    Cependant, très vite, une petite lumière au loin, qui s’allume toutes les nuits, l’intrigue et attise sa curiosité. Comme lui, nous avons envie de savoir et nous le suivons tout au long de péripéties où les éléments (séisme), le minéral, le végétal et les animaux s’entrecroisent dans une sorte de parcours initiatique et métaphorique qui apportent encore plus d’épaisseur au mystère qui entoure cette histoire.
    Sa rencontre avec un petit enfant d’un autre temps nous projette vers un inconnu où chacun de nous peut lui donner ou pas un sens… Je n’ai pas trouvé de réponse…
    Ce livre serait à relire pour poursuivre sa pensée sur ce que l’on croit être ou ne pas être, du mystère de la vie et de la mort…
    J’avoue qu’il m’a quelque peu désorientée parce qu’il bouscule nos certitudes.

    Extrait d’un passage que j’ai bien aimé pour sa poésie et sa petite pointe d’humour…

    « Je n’en suis pas sûr, mais je crois remarquer quelque chose d’étrange dans le comportement des hirondelles.
    (…..)
    – Qu’est-ce que vous fabriquez ? J’ai crié tout à l’heure.
    – Tu ne vois pas ? On vole ! Elles m’ont répondu.
    – Oui, oui, ça je vois ! Je crie encore. Mais vous faites autre chose ! Vous volez comme jamais je ne vous ai vues voler…
    – On vole toujours comme tu ne nous as jamais vues voler !
    Je les ai regardées encore un moment, sans rien dire, retenant mon souffle. Tout le ciel était traversé par ces flèches en folie, qui décrochent, plongent, changent soudainement de direction, trissent.
    – Comment on pourrait définir au niveau médical, votre nature hyperkinétique, votre état mental : névrose moteur, hystérie, schizophrénie ? J’ai crié encore à l’une d’elles qui est descendue plus bas que les autres.
    – En attendant, prends-toi ça ! Elle m’a répondu.

    Un instant après, j’ai été touché en plein front par un jet sorti du petit trou pulsatif au milieu de ce petit corps fou en vol.
    Anne T.

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